A dix-huit ans, le jeune Henri Dusnat
fit son entrée comme seconde classe dans l'armée. Il allait y effectuer une longue carrière durant laquelle il côtoierait sans cesse la Mort.
En arrivant à Marseille où il venait d'être affecté comme marin, Henri fut un peu
perdu. C'est vrai que n'étant jamais sorti de son village natal de la Creuse, Marseille lui parut immense. Mais, il ne put visiter l'agglomération étant donné qu'il devait embarquer le jour
même sur le "Royal". Pendant deux ans, il naviguerait sur ce navire en y apprenant tout de la marine et aussi un peu sur les femmes. Henri était fier et heureux de son affectation parce qu'il
effectuerait le même service que son agriculteur de père.
Deux jours après son embarquement, c'est à dire le douze août 1937, il chuta du
vaisseau et, pour la première fois de sa vie, il contempla la Mort de près.
Elève méticuleux mais taciturne et ne fréquentant personne, nous pouvions le voir
errer des heures et des heures sur les coursives du bâtiment. Ceci lui permit de finir son service militaire comme première classe. Vingt jours plus tard, il fut, comme des millions de
français, mobilisé. En poste à Marseille puis à Dunkerque, il eut la chance de pouvoir partir pour Londres. Lors de ce voyage vers le Royaume-Uni, son navire fut coulé par un U-Boat et Henri
rencontra une seconde fois la mort. Sur les neuf cents soixante-treize matelots et officiers de ce vaillant navire, seulement cent trente-sept d'entre eux eurent la chance d'être repêchés par
un torpilleur de la Royal Navy, le "Sun of Asia". Ainsi, cette tragique adversité n'empêcha point Henri d'atteindre la côte britannique.
Après deux jours de repos forcé dans un hôpital de Plymouth, il rejoignit ses
compatriotes à Londres où, le six juin 1940, il entendit, stupéfait par l'audace de De Gaulle, son célèbre discours. A peine trois heures après
cet appel au secours de la France, Henri et trois de ses camarades se ralliaient à De Gaulle. Celui-ci leur conseilla et ordonna de rejoindre le
camp militaire situé dans la banlieue de Londres, base d'entraînements des futures F. F. L.
Lors d'un exercice, une grenade explosa dans la main de son grand ami Georges
Prévais. Cette déflagration provoqua la mort de cet homme et deux mois de lutte contre la Mort pour Henri. Il s'en sortit, par miracle, au mieux
de sa forme.
Six mois plus tard, le camp subit une violente et horrible attaque aérienne nazie :
les trois-quart des effectifs remplirent la morgue. Pendant cette lutte, Henri et une vingtaine de ses compatriotes tentèrent de repousser les avions au bazooka et à la mitraillette. Cette
résistance acharnée n'eut aucun résultat, si ce n'est qu'Henri,- seul rescapé de ce groupe de téméraires-, affronterait dès lors la Mort sans aucune crainte. A la suite de cet affrontement, il
fut nommé Lieutenant et, de ce fait, participa à la bataille d'El Alamein. Puis, à la tête d'un régiment français, il se retrouva sur les plages de Provence pour le débarquement.
Le huit mai 1945, l'armistice fut signée. Le quinze, Henri fut, par les mains du
Général De Gaulle, décoré de la Légion d'Honneur et de la Croix de Guerre. Le soir de ce glorieux jour, eut lieu un feu d'artifice auquel assista
Henri, au premier rang. La première fusée à partir fut une bleue. Elle s'éleva à une dizaine de mètres avant de retomber sur la tribune officielle. Henri reçut en pleine poitrine cette fusée
tirée en son honneur.
Le seize, il mourut de ses blessures, assisté dans son agonie par son vieux
père.
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