Milieu de journée. Les vagues viennent lécher le rivage de sable et se mêler aux eaux du fleuve. Derrière la plage, une petite butte d'où s'écoule
la rivière. Puis une plaine d'herbes. Au milieu de cet océan de verdures moutonnant sous la brise douce, une colline percée d'une grotte. Un arbre étend sa ramure au-dessus du ru cavalant vers
le puissant fleuve. "Quelle chute ! Bon, je ne suis pas blessé, c'est déjà ça." Un regard vers le haut. "Pas moyen de sortir par où je suis venu. Une lumière là-bas. Sans doute une sortie." Un
coup de tonnerre. "Etrange, le ciel était bleu quand je gambadais sur cette colline. Pourvu qu'il ne pleuve pas." Le tonnerre disparaît dans le lointain. Pystilia regarde autour d'elle. "Comme
c'est vert ici ! Et ce soleil ! Si radieux, si puissant." Elle fait un tour sur elle-même, aperçoit un arbre, un corps à sa base. Peu farouche, Pystilia s'approche. Le corps se redresse à
demi.
- Où suis-je ? Prononce, étonné, K'Youti.
Légèrement en hauteur sur le flanc de la butte, il aperçoit, près du ruisseau, un être étrange qui se dresse brusquement.
- Non ! Va-t-en sale guêpe ! Hurle Lothette en battant furieusement des mains.
Comme aucun insecte ne vole autour d'elle, elle arrête de gesticuler, cherche du regard sa canne à pêche et réalise enfin que son environnement
n'est pas celui habituel. Entre Pystilia et K'Youti, l'air tremblote, se trouble, se gondole. Une silhouette rondelette se dessine. L'Akkas e vu la Pixie. Il saisit son javelot et demande : -
Qui es-tu ?
- Pystilia. Et toi ? Surtout qu'es-tu ?
- Je suis un Akkas. Je me nomme K'Youti. A cause de ma petite taille, bredouille-t-il en rougissant.
- Pourquoi es-tu noir ? Interroge la Pixie.
Les derniers mots prononcés par le vieux sorcier s'effacent de l'esprit de Jiu-Xot. La lumière se fait plus forte et vive, des voix sont
entendues. Kanuk se fait discret. Vite un regard. Un trio se tient là à discuter. Un bien étrange groupe. "Qui sont ces gens ?" s'interroge-t-il. Remontant la berge, Lothette vient d'apparaître
à ses yeux. "Une Puck ! Je ne savais pas qu'il en vivait le long du Gange. Hum ! Elle est fort mignonne." L'air se clarifie, ses yeux s'habituent à la luminosité. Il y a une personne sur sa
droite et une sur sa gauche, discutant. Une autre vient face à lui. Le Faune sort de la grotte et s'avance vers le groupe. Tous se font face interloqués, s'observent avec minutie. Pystilia
prend la parole.
- Je suis Pystilia, une Puck de Cornouailles.
Elle s'incline légèrement puis regarde l'Akkas avec un grand sourire l'encourageant à parler.
- K'Youti, je suis un Akkas. Nous appelons notre pays La Grande Savane. Chez moi, nous sommes tous noirs. Je ne pensais pas que des êtres roses
puissent exister. Même si les légendes les évoquent.
Un silence s'établit. Les yeux de K'Youti se fixent sur Lothette et sa bouille ronde. Ensuite plus bas, sur d'autres rondeurs. Kanuk l'admire
aussi. Cette dernière se présente alors.
- J'habite près de Lutèce, je suis une Puck et me prénomme Lothette.
Elle se tourne vers Kanuk en qui elle a reconnu un Faune.
- Toi, le Faune, tu n'es pas de Rome ?
- Non. Il y a bien longtemps que ma famille est partie vers l'est pour finalement
s'installer à Kusumpura, au pays des éléphants. Mon nom est Kanuk.
Jiu-Xot croit cauchemarder. Le voilà projeté dans un lieu qu'il ne connaît pas, entouré
de lutins populeux le dévisageant avec insistance. Néanmoins, il sait comment agir dans de telles circonstances, son père l'ayant bien formé à discuter avec ses vassaux.
- Jiu-Xot, duc de Prériant, Poliévik des plaines du Nord, dit-il avec déférence.
Nouveau silence, observation des uns et des autres, regards sur le paysage. Tous se
mettent à parler en même temps. Jiu-Xot sent l'angoisse dans les voix, la peur dans les attitudes. Il surveille la course du soleil. En seigneur, il hausse le ton de sa voix et commence un
discours :
- La nuit va bientôt tomber. Je propose que nous préparions un endroit pour dormir. D'un
geste, il désigne la grotte d'où vient Kanuk. Je pense que cet endroit sera parfait. Il faut que certains trouvent de quoi se nourrir et que d'autres s'occupent du feu.
Ayant donné ses instructions, il se dirige vers l'entrée de la caverne et se pose sur un
rocher. Personne ne bouge.
- Pourquoi on t'écouterait ? Demande Kanuk.
- Oui, pourquoi je t'obéirai ? Surenchérit Lothette.
- Et toi, tu ne vas rien faire ? Questionne Pystilia.
Seul Kanuk commence à ramasser du bois et à le mettre en tas. Il fouille dans une petite
poche sur son pagne, en sort un silex et de la mousse. L'Akkas a reconnu l'autorité d'un chef. "En plus, il a raison ! Il faut s'organiser." Pense-t-il en s'activant. Jiu-Xot se lève, marche
vers le ruisseau, se penche vers des plantes, gratte la terre et en tire des bulbes ronds.
- Voilà de quoi nous sustenter, déclare-t-il fièrement.
- Qu'est-ce ? Questionne Kanuk;
- Nous appelons cela des terbucules. Cela cuit sous la braise et nourrit très bien,
informe-t-il avec suffisance. Allez, au travail !
Alors, chacun s'active. L'un ramasse des baies, un autre piège des poissons entre ses
doigts, un troisième entasse des feuilles et de la mousse. Très vite, ils s'organisent et se retrouvent en train de dîner.
Vos mots